La petite fille de
Monsieur Linh de Philippe Claudel.
Livre offert par
Virginie pour mes 30 ans en 2010.
Lecture achevée en
avril 2012.
L’histoire : C’est l’histoire d’un petit
monsieur vietnamien veuf qui débarque en France avec sa petite-fille, celle de
son fils et de sa belle-fille décédée. Il est dans une maison d’immigrés
vietnamiens qui sont très bruyants et ne sont pas très gentils avec lui. Il est
obsédé par la sécurité de sa petite-fille et l’on sent que ce n’est pas un
vieillard facile à aborder non plus.
Mais
bientôt il va lier amitié avec un Français, également veuf et nostalgique, qui
malgré la barrière de la langue, va s’attacher à lui. Ils vont se parler avec
le langage du corps, s’apprendre quelques mots basiques comme
« bonjour », s’offrir des cadeaux et enfin prendre des coups ensemble
régulièrement. En un mot, s’apprivoiser. Ce n’est pas sans rappeler mon passage
préféré de Zorba le Grec de Níkos Kazantzákis (Alexis Zorba en français, mais je l’ai
lu en anglais et c’est Zorba the Greek)
où Zorba communique sa biographie par la danse à un russe.
Leur amitié va
s’approfondir, lorsqu’ils se racontent mutuellement leur passé à leur
manière : par gestes et intuition. Ils vont apprendre à se regarder et
s’écouter pour se comprendre. Leur amitié repose sur une sensibilité et une
générosité mutuelles ; mais aussi un passé douloureux commun, parce qu’il
est mort et qu’il est encore vif dans leur mémoire respective. Ils vont ainsi
retrouver la joie de vivre ensemble, revivre. Autrement que vivre à travers sa
petite-fille ou les souvenirs : par l’amitié.
Un
des passages les plus émouvants c’est lorsque dans une scène imaginaire
fantasmée par Monsieur Linh, il fait visiter son village au Vietnam à son ami
et ils se parlent en se comprenant parfaitement. Ce passage exprime ce qu’il
aurait aimé partager avec son ami, dans la vraie vie. Sans avoir ce problème de
la langue, je comprends tout à fait ce sentiment lorsque je voudrais que mes
amis les plus chers connaissent la Nouvelle-Calédonie ou lorsque je visite enfin
leur village en Andalousie (Sira) ; en Italie (Michele) ou leur ville, en
Tunisie (Aïcha) ; en Turquie (Hilal). Je suis la plus heureuse du monde de
sentir leur enfance, de savoir où a grandi cet être merveilleux qui est devenu
mon ami(e). C’est une grande émotion humaine que de voir, sentir, goûter ces
terres lointaines qui ont mis au monde des êtres que j’allais aimer et qui m’aimeraient
un jour, moi qui suis d’une île minuscule dans le Pacifique, ce dont je suis
tellement fière.
C’est
à cette histoire d’amitié que l’on s’attache tout au long de ce court roman,
qui dans la lignée d’un Paul Claudel qui n’a aucun lien de parenté avec lui,
fait apparaître des moments évanescents de bonheur entre deux hommes qui
étaient deux zombies avant de se rencontrer et de se soutenir mutuellement l’un
et l’autre afin de rendre leur existence plus gaie, par du respect, de
l’attention, de l’intérêt humain. C’est une aventure d’émotions humaines au
cœur de deux hommes qui à l’inverse des femmes, ne sont pas de grands expansifs
à la base.
C’est
un livre qui émeut et qui fait mal. Parce que les souvenirs d’amour les plus
forts sont derrière. Parce que le sens principal de la vie de chacun est
derrière eux. Cela fait mal parce qu’on
sait que cela va nous arriver à tous un jour, peu importe notre passé
particulier.
Mais
c’est aussi un livre d’espoir qui fait comprendre que même mort sentimentalement,
on peut encore connaître des émotions belles, bonnes et heureuses. Ce n’est pas
un livre niaiseux. Parce que la peine
est encore vivace une fois le livre fermé. Oui, la vie vaut la peine d’être
vécu pour aimer et être aimé, au prix de tout perdre un jour et de se retrouver
seul face à la mort avec ses souvenirs. Néanmoins, avoir un ami qui s’inquiète
pour nous, dont on fait partie de l’existence et qui fait partie de la nôtre
change tout. On peut espérer mourir joyeux et en paix.
C’est
un livre qui enseigne tout simplement que donner c’est recevoir et qu’il faut
donner jusqu’au bout aux personnes qui nous inspirent quelque chose de bon,
même quand on croit qu’on a plus rien à leur offrir, même lorsqu’on croit que
notre réserve d’amour est quasiment épuisée.
Citations : « Il
la regarde, et il aperçoit davantage que le visage d’une très jeune enfant. Il
voit des paysages, des matins lumineux, la marche lente et paisible des buffles
dans les rizières, l’ombre ployée des grands banians à l’entrée de son village,
la brume bleue qui descen des montagnes vers le soir, à la façon d’un châle qui
glisse doucement sur des épaules. », p. 11
J’ai
trouvé ce passage intéressant car il m’a fait penser à Yossef : je ne
projette pas autant de choses précises, mais je projette des mystères que m’inspirent
les expressions de son visage qui se meut toujours en silence ce qui provoque
un grand intérêt pour la littéraire de base qui est en moi.
C’est
ce que j’ai dit à Dietmar : deux personnes qui ne se connaissent pas qui
font l’amour ne sont pas obligées nécessairement d’imaginer une histoire sentimentale
pour être impliquées dans l’acte (sa théorie avant de conclure avec colère que
cela n’avait pas de sens).
Moi : « Quand
je touche ton corps, je n’imagine rien du tout, ce sont des points d’interrogation
partout mais j’accepte le fait de n’avoir pas de réponses, je vis le moment ici
et maintenant. Ton problème, c’est que tu veux avoir des réponses et que cela n’est
pas possible avec une personne que l’on ne connaît pas ».
Ce
que j’aurais dû ajouter mais que je ne ressentais pas encore à ce moment-là mais
qui n’est qu’une suite logique : c’est que chez moi, ça provoque
naturellement l’envie de mieux connaître la personne. La désirer chez moi, c’est
déjà amorcer un intérêt humain à fort potentiel sentimental. C’est évident.
Pour moi seulement, et tant de femmes.
Pour
revenir à Yossef, il m’est arrivé toutefois de projeter des histoires, j’ai vu
dans son visage : « Un petit garçon, un écolier avec son cartable très
poli et très gentil et qui se fait marcher sur les pieds par les plus grands et
les plus costauds, mais qui a au moins un ou deux copains sur qui il peut
compter. Je le vois avoir de gros chagrins et ne rien dire, se cacher dans son
coin. Je le vois en Petit Nicolas. Je le vois tenir la main de sa petite sœur
pour la protéger comme une tache très sérieuse. Je l’entends prononcer mal
certains mots et être trop craquant, faire de grands sourires et être adulé par
sa maman qui lui fait de gros bisous sur la joue. Je le vois fou de sa mère
jusqu’au jour où son père la quitte et qu’il lui en veut de n’avoir pas su
garder son père. Je le vois malheureux d’avoir perdu sa famille autour de
lui comme le repère le plus sûr de sa vie et de s’être senti abandonné, seul au
monde. »
Franchement,
un jour je lui demanderai les causes du divorce, pour que j’arrête d’imaginer à
tort et à travers. Parce que ça se trouve, je suis complètement à côté de la
plaque. Sauf sur lui en petit garçon poli, gentil, discret, sensible et
adorable. Je ne peux l’imaginer autrement. Je ne vois pas Yossef maltraiter d’autres
personnes. Etre méchant. Et c’est ça que j’aime chez lui, sa gentillesse, pour
moi à jamais perdue.
Bref,
la suite des citations : « Monsieur Linh sourit. Il ne pensait pas
revoir l’homme. Cela lui fait plaisir. C’est comme retrouver un signe sur un
chemin alors qu’on est perdu dans la forêt, que l’on tourne et tourne depuis
des jours, sans rien reconnaître. », p.48
C’est ce que je
dis : l’Amour et l’Amitié sont des repères. Trop de gens n’ont pas de
repères. Ces repères sont précieux car ils aident une personne tout au long de
sa vie quand elle se sent perdue dans l’existence.
« Il regarde
le Parc, de l’autre côté de la rue. On voit des mères accompagnées de nombreux
enfants y entrer. On devine plus loin des bassins, de grands arbres, ce qui
semble être des cages aussi, peut-être à
des animaux du pays de Monsieur Linh. Et lui soudain songe que c’est là son
sort, qu’il est dans une immense cage, sans barreaux ni gardien, et qu’il ne
pourra plus jamais en sortir. », p.50-51.
« Le vieil
homme hoche la tête. Il se dit qu’un pays où les prénoms ne signifient rien est
un bien curieux pays. », p.57
Ce n’est pas vrai :
tous les prénoms ont une étymologie qui signifie quelque chose ou qui fait
référence à quelque chose.
« Camille »
par exemple, vient du latin Camillus, qui renvoie au jeune assistant du maître
de l’autel lors des sacrifices. Ailleurs, il est écrit aussi « enfant de chœur,
assistant du prêtre ».
La chanson qu’il
chante régulièrement à sa petite-fille (je n’ai pas repéré la première fois
dans le livre) :
« Toujours il
y a le matin
Toujours revient
la lumière
Toujours il y a un
lendemain
Un jour c’est toi
qui seras mère. »
Le début m’a fait
penser à « Après la pluie, le beau temps » comme un message d’espoir,
mais non, c’est un contresens : ça n’exprime que le fait que la vie est
cyclique et la reproduction aussi…Or ce n’est pas vrai : quand bien même
je le souhaiterais de tout mon cœur, il n’est pas sûr et certain que je
devienne un jour mère, tout simplement parce qu’il n’est pas sûr et certain que
je trouve le mari et le père. Si seulement ça l’était, si seulement je pouvais
être sûre qu’un jour cela m’arriverait…
Biographie sur Wikipédia : http://fr.wikipedia.org/wiki/Philippe_Claudel
Ses principaux romans sont traduits dans le monde entier; son
film, Il y a longtemps que je t'aime, avec Kristin
Scott Thomas et Elsa Zylberstein, a obtenu un grand succès en France et
dans le monde
Son second film Tous les soleils avec Stefano Accorsi, Neri Marcorè, Clotilde Courau, Lisa Cipriani, et Anouk Aimée est sorti en
France le 30 mars 2011.
Il intègre l'Académie Goncourt le 11 janvier 2012 au couvert de Jorge Semprun2
Prix et récompenses[modifier]
§ 1999 : Prix
Erckmann-Chatrian pour Meuse L'oubli.
§ 1999 : Feuille d’Or de la ville de Nancy pour Meuse, l'oubli.
§ 2000 : Prix Marcel Pagnol pour Quelques-uns des cent
regrets et Prix Roman France Télévisions pour J'abandonne.
§ 2003 : Bourse
Goncourt de la nouvelle pour Les Petites Mécaniques
§ 2003 : Prix Renaudot pour les Âmes grises.
§ 2003 : Meilleur
livre de l'année 2003 (Lire) pour Les Âmes grises.
§ 2004: Grand prix des lectrices de Elle
pour "Les âmes grises"
§ 2006: Prix européen Euregio pour La Petite
fille de Monsieur Linh
§ 2007 : Prix
Goncourt des lycéens pour Le
Rapport de Brodeck.
§ 2009 : César du Meilleur Premier Film
et César du meilleur second rôle féminin pour Il y a longtemps que je t'aime
§ 2010 : L'Independent Foreign Fiction
Prize pour Brodeck's Report
§ 2010 : Prix des Libraires de Nancy - Le Point pour L'enquête