mercredi 23 mai 2012

Métaphysique des Tubes, Amélie Nothomb, 2000.


« Le regard est un choix. Celui qui regarde décide de se fixer sur telle chose et donc forcément d’exclure de son attention le reste de son champ de vision. C’est en quoi le regard, qui est l’essence de la vie, est d’abord un refus.
Vivre signifie refuser. Celui qui accepte tout ne vit pas plus que l’orifice du lavabo. Pour vivre, il faut être capable de ne plus mettre sur le même plan, au-dessus de soi, la maman et le plafond. Il faut refuser l’un des deux pour choisir de s’intéresser soit à la maman soit au plafond. Le seul mauvais choix est l’absence de choix. », p.17

« J’avais déjà donné leur nom à quatre personnes ; à chaque fois, cela les rendait si heureuses que je ne doutais plus de l’importance de la parole : elle prouvait aux individus qu’ils étaient là. J’en conclus qu’ils n’en étaient pas sûrs. Ils avaient besoin de moi pour le savoir. », p.42

« La mots, j’avais examiné la question de près : la mort, c’était le plafond. Quand on connaît le plafond mieux que soi-même, cela s’appelle la mort. Le plafond est ce qui empêche les yeux de monter et la pensée de s’élever. », p. 46

« Je venais d’apprendre cette nouvelle horrible que tout humain apprend un jour ou l’autre : ce que tu aimes, tu vas le perdre. « Ce qui t’a été donné te sera repris » : c’est ainsi que je me formulai le désastre qui allait être le leitmotiv de mon enfance, de mon adolescence et des péripéties subséquentes. « Ce qui t’a été donné te sera repris » : ta vie entière sera rythmée par le deuil. (…) Et ce ne sera jamais que le premier deuil d’une série dont tu n’imagines pas la longueur. Deuil au sens fort, car tu ne récupèreras rien : on essaiera de te berner comme Dieu berne Job en lui « rendant une autre femme, une autre demeure et d’autres enfants. Hélas, tu ne seras pas assez bête pour être dupe. », p. 124.

« La mémoire est pareille. Ta grand-mère est morte mais le souvenir de ta grand-mère la rend vivante. Si tu parviens à écrire les merveilles de ton paradis dans la matière de ton cerveau, tu transporteras dans ta tête sinon leur réalité miraculeuse, au moins leur puissance. »

« Désormais, tu ne vivras plus que des sacres. Les moments qui le mériteront seront revêtis d’un manteau d’hermine et couronnés en la cathédrale de ton crâne.  Tes émotions seront tes dynasties. », p. 127

« Il m’arrive de penser que notre unique spécificité individuelle réside en ceci : dis-moi ce qui te dégoûte et je te dirai qui tu es. Nos personnalités sont nulles, nos inclinations plus banales les unes que les autres. Seules nos répulsions parlent vraiment de nous. »

Parallèle : quand je demande un abécédaire aux élèves de sixième, leur en demander deux : l’un pour leurs goûts, l’autre pour leurs dégoûts. (J’adore l’idée)

Autre : Le fils de l’Homme invisible de Barléand : il n’aime pas les carottes bouillies et le chou-fleur et c’est ce qui le traumatise le plus à onze ans.
Moi, c’était la soupe aux sardines et aux nouilles et le foie de veau. Mais qu’est-ce que ça change ?

« J’essayais de ne plus y penser. Hélas, il n’y a pas d’apprentissage plus difficile. Si nous étions capables de ne plus penser à nos problèmes, nous serions une race heureuse.

Autant dire à Blandine, dans son supplice : « Allons, ne pense pas aux lions, voyons ! », p. 138

« Mais je persiste à penser que la meilleure raison pour se suicider, c’est la peur de la mort. »


Zinzolin (ciel), p. 76 : D'un violet rougeâtre et délicat.

« le Belge anadyomène », p.107

ANADYOMÈNE, adj.
A.Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/tiret.gif MYTH. [P. allus. à la naissance de Vénus] Qui sort de l'eau. Vénus anadyomène :

Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/pucer.gif1. ... plusieurs de nos contemporains offriraient volontiers à quelque statue de Vénus anadyomène ou de Vénus victorieuse, non une génisse ou une brebis, mais des fruits, du lait et du vin, ...
J. LEMAÎTRE, Les Contemporains, 1885, p. 132.
Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/tiretgras.gif Emploi subst. fém. L'anadyomène. ,,Surnom de Vénus représentée sortant des eaux.`` (BESCH. 1845) :

Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/pucer.gif2. Et l'onde, en se jouant près de nos bras nacrés, Songe encore aux blancheurs de l'anadyomène.
T. DE BANVILLE, Les Cariatides, Clymène, 1842, p. 110.
B.Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/tiret.gif Littér., rare. Qui appartient à Vénus anadyomène ou y fait penser :

Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/pucer.gif3.  Vous ne serez point froids ni arides comme Pallas, ô doux yeux anadyomènes.
Ch. MAURRAS, Le Chemin de Paradis, 1894, p. 207.
Description : http://atilf.atilf.fr/dendien/ima/tlfiv4/pucer.gif4. Ô seul enfant de roi parmi tant de servantes!
Ô pèlerin unique en marche vers la mer!
Étoile du matin dans le soir reviviante!
Astre anadyomène au fond du jardin vert!
P. CLAUDEL, Poésies diverses, Chant à 5 heures, 1952, p. 8.
Prononc. : []. LAND. 1834 et LITTRÉ transcrivent la 3e syllabe du mot avec diérèse : -di-o-.
Étymol. ET HIST. 1. 1751 subst. hist. anc. « nom d'une œuvre d'art célèbre » (Encyclop. t. 1, p. 397 : Anadyomène. Nom d'un tableau de Venus sortant des eaux, peint par Apelle, & qu'Auguste fit placer dans le temple de César son père adoptif); 2. 1803 myth. (BOISTE : Anadiomène. Vénus marine); 1808 adj. désignant Vénus (ID. : Anadyomène, adj. (Vénus-) sortant des eaux; sentant l'écume); 3. 1823 bot. (BOISTE, Nomenclature d'hist. naturelle et suppl. de méd. : Anadiomène, s.f. polypier).
Empr. au lat. anadyomene, subst., qui désignait la Vénus peinte par Apelle, attesté dep. PLINE (Hist. Naturelle, 35, 87, 91 ds TLL s.v., 14, 41), du gr. 
attesté pour désigner Vénus sortant de l'eau : dep. STRABON (14, 2, 19, éd. Kramer ds BAILLY). part. prés. de  « sortir du fond (de la mer) » (en parlant du soleil levant).
STAT.  Fréq. abs. litt. : 13.
BBG.  BOISS.8
 BOUILLET 1859. PRIVAT-FOC. 1870.  TIMM. 1892.

« Je demandai à Nishio-san de lui préparer son plat préféré : elle prépara un chawan mushi sublime qui fut mangé du bout de lèvres et commenté de silence. », p. 63

Wikipédia :
Le chawanmushi (茶碗蒸し?), littéralement le bol à thé (茶碗, chawan?) à la vapeur (蒸し, mushi?), est un flan aux œufs de la cuisine japonaise qui a entre autres pour ingrédient peu commun la graine du ginkgo.
Il est généralement décliné en de multiples variations dans ses ingrédients ainsi que dans le bouillon utilisé. Cette recette peut être facilement adaptée aux goûts de chacun.